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Mardi 07 Octobre 2008
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Port du voile : les arguments pour, les arguments contre...

Le port du voile fait polémique dans la société : est-il compatible avec la laicité de la République française ?
Nous précisons que ce texte n'engage que son auteure, Dalila Sarah Zouache.
Vous pouvez donner votre avis en ajoutant votre commentaire en bas de cet article. Toute réaction, favorable ou défavorable, doit être exprimée avec calme et raison, et dans le respect de l'opinion des autres. Dans le cas contraire, nous ne pourrions pas la publier.



Port du voile : les arguments pour, les arguments contre...
Dans l’actualité, le voile a fait l’objet de nombreux débats à la suite de l’affaire Keroua en 1991, dont les faits se rapportent à l’histoire de deux lycéennes portant le voile qui se sont fait exclure de leur établissement pour ce motif, conformément aux dispositions interdisant le port de signes manifestant l’appartenance à une culture et à une religion.
A la suite de cette affaire ayant fait l’objet d’un arrêt du Conseil d’Etat en 1991, de nombreux faits similaires se sont produits dans de nombreux collèges et lycées.
La question s’est posée comme dans l’affaire Keroua de savoir si le port du voile justifie que des jeunes filles se fassent exclure de l’école laïque et républicaine.
Oui, répondent certains comme Xavier Darcourt qui considèrent que le port du voile va à l’encontre du respect des valeurs de la république française laïque, laquelle repose sur les principes de séparation de l’église et de l’Etat depuis la loi de 1905, d’égalité, de liberté d’expression dans une société universaliste bâtie sur le fondement des Droits de l’homme et du citoyen - comme il est indiqué dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen datant de 1789.
Dans ce cadre-là, la question se pose de savoir quelles sont les raisons qui justifient ou illégitiment le port du voile ?
Patricia Mercader, Maitre de Conférence en psychologie sociale, et Marie-Carmen, Maitre de conférence en sociologie, examinent ces stratégies dans leur texte « Le mouvement Ni putes, ni soumises : un féminisme nouveau ».
Dans ce texte les deux auteurs font une ethnographie des mouvements féministes de lutte contre le port du voile auxquelles elles adhèrent.
Ce texte est en deux parties.
Dans la première, elles nous exposent les fondements des revendications féministes de lutte contre le port du voile. Dans une seconde partie, elles énoncent les raisons qui poussent ces jeunes filles à se couvrir d’un voile, notamment dans les quartiers difficiles, comme l’ont par ailleurs déjà montré Nacira Guénif-Souilamas et Eric Macé dans leur ouvrage Les Féministes et le garçon arabe.
La question du port du voile à l’école soulève plusieurs interrogations.

- L’interdiction du port du voile correspond-il à la volonté de préserver les valeurs de la République ?
- Cache-t-elle d’autres stratégies telles que des stratégies de « racisme à peine voilé » pour les acteurs institutionnels et politiques ?
- Marque-t-elle une réelle volonté de pallier les discriminations raciales et culturelles, sachant que le voile peut apparaître comme un signe de différenciation sociale pour les jeunes filles qui le portent à l’école ou dans la rue ?
- S’agit-il d’une obligation, comme le soulignent Patricia Mercader et Marie-Carmen Garcia ?
- Ou s’agit-il d’une preuve de pudeur de la jeune fille musulmane qui souhaite préserver son image de femme digne et intègre ?
Avant de répondre à ces questions, il nous incombe d’examiner avec précision le symbolisme du voile à l’école afin de considérer ensuite l’argumentation des militantes qui luttent pour ou contre le voile à l’école dans une deuxième partie.

Le symbolisme du voile

Port du voile : les arguments pour, les arguments contre...
Le port du voile dans la religion musulmane se justifie pour plusieurs raisons dans l’islam, lesquelles sont aujourd’hui remises en cause au sein de la République.

La signification du port du voile dans l’islam :

Le voile dans l’islam incarne deux images positives de la pratique du culte musulman.
En effet, selon Tariq Ramadan, porter le voile se définit comme un acte de foi de la pratique du culte musulman.
En ces termes, se couvrir d’un voile pour marquer son appartenance à une culture ou à une religion doit être l’expression libre de la conscience.
Le voile ne peut donc point être imposé aux femmes contre leur volonté.
C’est d’ailleurs ce que rappellent les jeunes filles musulmanes étudiantes interrogées sur ce sujet dans le film « Un racisme à peine voilé ». Elles qualifient leur volonté de porter le voile comme un choix libre qui se justifie par le fait qu’elles envisagent cet « accessoire » comme un symbole de la protection de la condition féminine, ainsi que le pense Charla Chafiq Reski .
La loi islamique concernant le port du voile équivaut à un instrument de liberté pour la femme qui tente de s’affirmer dans une société libre.
Tariq Ramadan exige qu’un droit de l’islam soit donc reconnu pour les femmes musulmanes victimes de discrimination et de racisme en ce sens que, selon Lionel Jospin, porter le voile ne justifie pas l’exclusion d’écolière dans une République qui prône la liberté de l’enseignement.
Par ces propos, Tariq Ramadan et Lionel Jospin montrent que le sens du voile dépasse l’idée du port du voile à l’école. Le voile appelle, selon ces deux personnalités, au racisme dans une société laïque, ce qui nous amène à nous demander comment vivre dans une République égalitaire qui instrumentalise une « marque de la foi musulmane » comme un symbole d’exclusion.

Le voile : un symbole d’exclusion sociale des jeunes filles musulmanes :

Pourquoi parler du voile comme un symbole d’exclusion de la jeune femme musulmane ?
La raison est simple si nous nous référons au témoignage des jeunes filles musulmanes, des employés de lycées (surveillantes, professeurs…), des responsables des collectifs à l’écoute des jeunes filles musulmanes, et des intellectuelles qui soutiennent ces musulmanes, telle Anifa Chérifi.
Anifa Chérifi dans son discours dans le film « Un racisme à peine voilé » nous révèle que les jeunes filles musulmanes au sein des établissements scolaires sont vues comme « des pestiférées islamophobes. Ce sont des espèces de cafards en marge des cafards ».
Ces propos d’Anifa Chérifi font transparaitre l’image que véhicule le port du voile dans notre société laïque et républicaine.
En effet, pour beaucoup, le voile semble porter l’image du prosélytisme et de l’intégrisme contre la République, qui prône et tente de faciliter l’intégration des jeunes issus de l’immigration, alors que le problème de l’intégration ne réside pas dans le port du voile.
Le voile ne constitue pas forcément un symbole d’intégrisme.
Interdire le voile ne résout pas le problème du voile. Selon Bourdieu, « un problème du voile peut en cacher un autre » : celui du lien entre laïcisation de l’école public et intégration des jeunes musulmans et musulmanes qui portent le voile quotidiennement par exemple dans une société laïque.
En cela comment définir le terme intégration ?
Le mot intégration correspond-il à l’idée de s’assimiler ou à l’idée de bien vivre ensemble dans l’acceptation de tous au sein d’une République laïque qui prône la tolérance et reconnaît les principes de laïcité comme nos homologues européens ?
En effet, « dans la diversité des modèles européens, c’est bien souvent la reconnaissance de toutes les religions qui est au centre du principe de laïcité ».
En l’espèce, en France, le terme laïcité n’est pas vu en ce sens comme le montre la loi de 1991 interdisant le port de signes religieux manifestes, ainsi que la circulaire Bayrou qui traite de cette question.
L’interdiction du port du voile à l’école marque l’existence de discriminations raciales et d’oppression de la femme qui ne peut plus exercer son choix libre de porter le voile dans une République libre, égalitaire et républicaine.
A l’issu de ce constat, la question se pose de savoir que signifie porter un voile pour les jeunes filles qui décident ou non de se couvrir leur visage.

Pour ou contre le voile ?

Port du voile : les arguments pour, les arguments contre...
Quel est l’objet du port du voile ?
Le voile marque-t-il la soumission de la femme ou une volonté personnelle de s’affirmer comme telle dans un milieu social défavorable, au sein duquel l'écoute de ces jeunes filles est ouverte ?

Le voile marque de soumission de la femme à l’islam :

Le premier argument du mouvement « Ni Putes Ni soumises » et le mouvement « ELLE » rejoint l’idée selon laquelle le voile empêche et nuit à l’émancipation de la femme libre qui depuis les années 1970 revendique une égalité devant les hommes en tant que « Femmes ».
En effet, tel que le souligne Shanin Eladi en accord avec non seulement les militantes de ces mouvement mais aussi Eric Macé et Nacéra Guenif Goulimas, le voile constitue un symbole d’oppression de la femme face à la condition masculine machiste et sexiste, notamment dans les quartiers sociaux en difficulté.
Ces auteurs constatent que les rapports filles-garçons dans ses quartiers se qualifient de relations conflictuelles se caractérisant par le fait que la jeune fille « femme » est vue comme un être soumis à l'homme, voire comme objet « sexuel ».
Ainsi, ces jeunes filles soumises aux pressions masculines, aux regards des hommes, peuvent ressentir un sentiment d’infériorité, de faiblesse par rapport aux hommes.
Ces jeunes filles qui ne portent pas le voile apparaissent comme des êtres faibles, comme si le voile représentait "la force de la jeune fille qui se cache derrière un foulard pour échapper au regard des hommes".

Cette idée souligne le paradoxe du port du voile : le voile est-il un objet soumission ou de protection ? La question reste en suspend puisque le débat autour du voile à l’école est ambivalent comme nous le démontre les arguments convergent sur ce sujet.

À l’écoute des jeunes filles portant le voile :

Dans la continuité de notre idée évoquée ci-dessus, le voile constitue un objet de discussion qui devient comme un signe de protection de la femme dans ces quartiers en ce sens que là, des mouvements se forment pour faire admettre le port du voile à l’école pour les femmes qui sont victimes de discriminations raciales, sociales ou de sexe.
En effet, de nombreux collectifs se constituent dans ces quartiers, des acteurs se regroupent, des médiatrices et des médiateurs sont présents dans ces zones défavorisés pour écouter ces jeunes filles qui, les unes choisissent librement de porter le voile en vue de préserver leur pudeur, les autres le portent sous la contrainte de leurs parents comme le montre le témoignage d’une jeune fille qui dans le film nous raconte que se couvrant d’un foulard, elle se change à son arrivée à l’école.
Le voile peut donc tout autant apparaitre comme un signe de foi que comme un accessoire futile que les jeunes filles portent pour faire semblant de respecter les règles de la famille musulmane.
La question du voile divise les acteurs qui se sentent concernés par ce sujet comme le montrent ces propos d’Anifa Schérifi : « le voile a un rôle pervers dans le discours parents-filles». L’ambivalence des mots transparait dans le débat sur cette question.
Le voile partage la société entre Français, Français musulmans et maghrébins sur le lien entre intégration - voile à l’école, condition féminine, conformisme et intégrisme de l’islam dans une République laïque.

En conclusion, la question du voile à l’école n’est pas résolue. Elle reste « latente ».
Le débat concernant le port du voile à l’école semble plutôt s’articuler autour d’un problème de culture que de religion dans un pays occidental comme dans un pays oriental, contre lequel les jeunes femmes tentent de lutter, comme nous le prouvent de nombreux ouvrages tels que celui de Latifa, Visage volé (éd. Anne Carrière).

- - Dalila Sarah Zouache (42, Loire) - -

Autre article publié par Votre Journal sur le même thème, par une jeune femme journaliste vivant en Turquie : clic > "... Le port du voile est un casse-tête"[

- Bibliographie :
- "Comprendre la laïcité - La laïcité une singularité française, exception française", Le Monde Diplomatique n°599, du 2 avril 2006.
- Chefla Chafiq, "Femmes sous le voile", éd. du Félin 1995.
- William Buttler, "Le frémissement du voile en Turquie", éd. Paris la découverte, 2003.
- Dominique Charcot , "Un esthétisme du voile, essai sur l’art arabo-islamique", éd. L’Harmattan, 1994.
- Martine Fournier, "Europe : à chacun sa laïcité", Dossier Sciences Humaines Comprendre, n° 187, Février 2005 p.18-24.
- "Le voile contre l’école", éd. du Seuil, 1995
- Mimouna, "Ni le voile ni l’oubli", éd. Paris n°1, 1995.
-Nasser Negrouche, "Laïcité et discriminations : derrière le viol", Le Monde Diplomatique, 2005.
- Alain Colas, "Individus, religion, émancipation : la question du voile chez les jeunes musulmans", Le Débat, septembre-octobre 2005.
- Tariq Ramadan, Le Monde du 14 janvier 2004.
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