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Parlez-vous le politiquement-correct ?Le politiquement correct n'est pas toujours aussi convenable qu'il prétend l'être. Voici une démonstration de ce paradoxe qui avec un peu de chance fera peut-être de vous quelqu'un d'incorrect...
Le politiquement correct nous vient des Etats-Unis : c'est une traduction littérale du « politically correct » anglais.
À l'origine, cette formule qualifie une façon acceptable de s'exprimer en politique, impliquant de ne pas utiliser de paroles qui pourraient se révéler discriminantes envers des groupes ethniques ou des minorités. Le procédé a commencé à se propager en France dans le langage courant au début des années 90. Parler « politiquement correct », c'est atténuer certains termes ou certaines expressions pour ne pas choquer, pour ne pas heurter la sensibilité des gens. Cette manière bien particulière de s'exprimer est très répandue dans les milieux intellectuels, et notamment les médias (presse écrite, radio, télévision). Le politiquement correct ne met pas tout le monde d'accord. Certains partent en guerre contre cette tendance à uniformiser le langage et à le remplir de mots creux qui soulagent notre bonne conscience. D'autres estiment qu'il a sa place dans un échange où le respect de son interlocuteur est ainsi mis à l'honneur. Ne pas être discriminant est une bonne chose en soi, naturellement. Mais en grattant un peu, on s'aperçoit que le politiquement correct n'est pas toujours aussi convenable qu'il prétend l'être. SDF et travailleur du sexe non voyant
Voici quelques exemples de ce que peut produire la charabia du politiquement correct : (la liste n'est pas exhaustive) :
« Sans domicile fixe » pour « clochard » On abrège souvent « sans domicile fixe » par l'acronyme SDF pour être encore moins choquant : avec sa consonance administrative, SDF devient tout à fait neutre. Mais en quoi SDF serait-il moins péjoratif que « clochard » ? L'usage de l'acronyme déshumanise la personne dont on parle. On peut se demander si cette façon de parler ne trahit pas une volonté de se voiler la face, de se dérober face au problème. Une personne « non voyante » pour une personne « aveugle » Pourtant, on continue d'employer le terme « chien d'aveugle ». Où est la logique ? En plus, « non voyant » est ambigu et pas très flatteur, puisque cela peut aussi être compris dans le sens de « non visible ». À noter que c'est d'ailleurs précisément ce que fait le politiquement correct : gommer tout ce qui ne cadre pas avec la norme par le biais de contorsions verbales. Une personne « en recherche d'emploi » pour un « chômeur » Le but de cette périphrase est d'aboutir à une connotation positive. On met l'accent sur le fait que la personne cherche un travail. Sous-entendu : lorsqu'on est « chômeur », on est forcément inactif. « Animateur d'espaces verts » pour « jardinier » Cette circonlocution tarabiscotée cultive le flou artistique. Résultat : on ne comprend pas de qui on parle. Le métier de jardinier est-il donc aussi dévalorisant que ça pour ne pas le nommer clairement ? L'art de faire compliqué quand on peut faire simple… « Technicien de surface » pour « nettoyeur » De même inspiration que le précédent, toujours aussi vague. À force d'être dilué, le langage se vide de tout sens. « Travailleur/euse du sexe » pour « prostitué(e)» Un autre exemple aberrant. Alors que le politiquement correct est censé épurer les mots pour les rendre plus acceptables, « travailleur/euse du sexe » aboutit à l'effet inverse en appelant un chat un chat : avec l'usage du mot « sexe », l'activité est clairement décrite dans toute sa crudité. Si vous avez d'autres exemples en « politiquement correct » que vous trouvez absurdes ? Ou au contraire que vous considérez comme parfaitement défendables ? N'hésitez pas à laisser un commentaire. Olivier Schopfer, chroniqueur sur Radio Cité (Genève, Suisse)
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