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Arnaud Guillon allume la radio des jours heureuxPrix Roger-Nimier en l'an 2000 pour "Ecume Palace", Arnaud Guillon qui fut aussi l'auteur remarqué de "Daisy printemps 69", de "15 août" et de "Près du corps", nous fait partager aujourd'hui le "Hit-parade" de sa radio nostalgie intérieure, captée 5 sur 5 par Votre Journal...
Arnaud Guillon
Même sous nos latitudes, le quotidien est souvent âpre. Un peu de douceur dans la vie est toujours la bienvenue, que ce soit sous la forme d'une mélodie familière, d'une chanson, ou d'un livre qui nous parle tout de suite et dans lequel on puisse retrouver sa propre musique dès les premières lignes. Preuve des vertus de la sobriété, le dernier ouvrage d'Arnaud Guillon, Hit-Parade (éd. Plon), qui rassemble bel et bien paroles et musiques, sonne juste dans ce genre évocateur.
En écho à la bande son collective, six nouvelles dont cinq récits à la première personne, nostalgiques et intimistes. Dans la première, l'auteur ressuscite la prime jeunesse d'un quadra d'aujourd'hui qui se souvient aussi de ceux qui n'étaient pas si jeunes quand il était ado. De la mère d'un ami, d'un appartement où le hasard le convoque des années plus tard, de paroles échangées dans les virages de la vie, de « La matinée » de Jean Ferrat, de regards dans les rétroviseurs... Cette première nouvelle, « Blanc comme l'oubli » se situe du côté de chez Proust et décrit cette vision changée que le temps qui passe nous donne de nos vies et l'étrange vertige que suscite le recul.
Puis Françoise Hardy chante la rupture, et tandis que plus loin, Paul Mac Cartney retire ses chaussures dans Abbey Road, un jour de canicule anglaise, nous voilà frappés, comme le narrateur, par le syndrome de Yesterday. Il y a aussi et surtout, une nouvelle plus tôt, raconté au présent, cet « A demain » poignant du jeune garçon à sa mère. Le narrateur y fait ressurgir la Fiat 800 de l'une, le maillot de bain neuf de l'autre, un jour pas comme les autres et des sentiments filiaux universels. Avec bonheur et douce amertume, Arnaud Guillon assemble ses tubes : une chanson de Gérard Lenormand et les coups de poignard de la vie. « Si la vie n'est qu'un film de rien », comme le chante Souchon qu'il cite en exergue, l'auteur raconte à merveille, dans cette autre nouvelle, les petits riens auxquels tient la vie.
Passer la quarantaine sans souffrance contagieuse est un pari diffcile à tenir : souvent, les livres sur les maux que nous fait le temps supportent mal le bolduc. Ici, la nostalgie est partout, mais version chic et distanciée. Offrable donc, tel un CD, même si la vieille radio orange sur la couverture ne l'indique pas forcément. Et même si le pouvoir évocateur des tubes reste surtout l'alibi d'un thème plus grave : cette sensation de basculement bizarre qui nous surprend un jour ou l'autre à mi-parcours de nos vies. Petits mondes à part, les ballades de Guillon nous embarquent et nous rappellent nos fragiles équilibres sur les fils ténus de l'existence. Myriam Briton
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